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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 11:45

Les rois de France ont cédé aux charmes des femmes sans négliger les écueils inévitables de leurs engagements qui avaient pour nom reconnaissance, ambition, jalousie, amertume et parfois même vengeance. L’amour fut rarement le seul sentiment convoqué par les intrigues de ces rois et les interactions au plus haut sommet de l’Etat étaient incessantes… L’opinion publique, aussi restreinte qu’elle était à cette époque, en recueillait les échos grâce aux talents et à la perfidie d’écrivains, pamphlétaires, la plupart du temps au service d’une cause…

 

Louis XIV, la marquise de Montespan et ses rivales

 

Favorite en titre depuis 1667, la marquise de Montespan avait comblé Louis XIV par ses talents amoureux autant qu’elle avait fait briller Versailles par sa beauté. Privée du titre de duchesse que le roi lui avait offert à cause de l’entêtement d’un mari cocu qui refusait de divorcer, la Montespan s’évertua comme de coutume, à éloigner coûte que coûte toutes ses rivales. La Favorite se répandait donc régulièrement en ragots dès qu’une femme approchait de trop près et trop longtemps, détruisant sa réputation pour toujours et à l’occasion faisant sa vertueuse, fulminant contre une cour qui était devenue un lieu de perdition. Les pamphlets et autres rumeurs colportées à la cour, voire à la ville, véhiculaient sous forme de règlements de comptes, les pires insultes contre toutes celles qui pouvaient aiguiser les appétits du roi. C’est ainsi que la Montespan fit courir le bruit que la princesse de Soubise était scrofuleuse. La plupart du temps postérieurs aux événements dont ils parlent les très nombreux textes imprimés au sujet des amours de Louis XIV en disent long sur les rivalités  et les enjeux des querelles qui ne mettaient pas seulement aux prises les femmes et leurs mesquineries, mais prenaient aussi Dieu à témoin, juge implacable de la dépravation royale. En même temps, ce que racontent ces textes s’appuie le plus souvent sur des intrigues réelles, confirmées par les témoignages de ceux qui faisaient l’opinion : la faune de la Cour.

 

Quand les écrits s’emparent des vraies querelles et des fausses rumeurs

 

Le pamphlet intitulé Le Grand Alcandre frustré ou les derniers efforts de l’amour et de la vertu (1719) met notamment en scène le roi et sa favorite discutant des attraits des femmes, de leur âge au moment où Louis XIV est séduit par Anne de Rohan-Chabot, princesse de Soubise. Athénaïs de Montespan cherchant à raisonner son amant jamais rassasié, entend qu’il se méfie des « fausses prudes ». Louis XIV lui répond que ce qu’elle dit « est bon pour celles qui sont sur le retour de l’âge, ou qui manquent de beauté » tandis que la princesse de Soubise est non seulement « jeune et belle », mais elle a aussi « l’esprit brillant  et poli », « et il y a peu de femmes à la Cour qui aient autant de charmes qu’elle ». Ce à quoi La Montespan répondit : « Je conviens de ce que vous dites, mais Votre Majesté me permettra de lui dire, que c’est une belle pomme qui est gâtée au-dedans »… et de lui expliquer que la comtesse avait « des ulcères en divers endroits de son corps ». Mais Louis XIV n’en démord pas disant que la comtesse (qui s’astreignait à un régime toujours très sévère) avait « un embonpoint le plus frais et le plus beau du monde, et un teint des plus unis. S’ensuit une conversation interminable sur la convoitise, la beauté apparente, s’appuyant sur l’histoire du roi Candaule qui montra sa femme nue à Giges son favori, qui en devint amoureux… La Montespan défie donc le roi de céder aux apparences de crainte d’avoir de mauvaises surprises : « Il est bon que Votre Majesté en soit avertie, de peur qu’elle n’allât trop avant, et qu’elle ne voulût voir des choses qui ne lui feraient pas plaisir ». Dans une lettre fameuse du 3 septembre 1718, la princesse Palatine, belle-sœur du roi, rapporte avec méchanceté que La Montespan écarta pour un temps une autre rivale, la belle Isabelle de Ludres, en répandant qu’elle avait par intermittences des éruptions de dartre sur le corps. Entrée dans le lit du Roi en 1676 et « presque » nouvelle favorite, Isabelle de Ludres subit en public les reproches de la Montespan parce que son amant l’avait salué lors de la messe !

 

Des femmes rivales, un royaume en péril ?

 

Ces secrets d’alcôve étaient politiques et leur dévoilement n’avait aucun but de vérité ; parfois, au plus fort d’une crise, ces rivalités de femmes pouvaient prendre des tournures gravissimes, menaçant la réputation du roi lui-même.

Après toutes ces créatures de passage, Louis XIV tomba en pamoison devant la charmante Marie Angélique de Scorailles (future duchesse de Fontanges) âgée seulement de 18 ans, pour le grand malheur de sa favorite vieillissante. Lorsque coururent les bruits de leur liaison en 1679, les ennemis de la Montespan attendirent avec ravissement un éventuel changement de « règne ». La beauté d’Angélique, à couper le souffle, éclipsa jusqu’à la position de la Montespan à la Cour. Ainsi, Louis XIV, qui appréciait les choses de l’esprit chez les femmes, la trouvait-il splendide, tandis qu’il avait plutôt honte quand elle ouvrait la bouche ! Jean La Fontaine dans l’épître XIV à Madame de Fontanges, (1680) s’est empressé de louer la beauté de manière cruelle pour la Montespan en parlant entre autres de sa beauté qui vient de la main des dieux. Agé de plus de quarante ans, le roi rajeunissait auprès de cette favorite de corps à défaut de l’être de l’esprit. Mais la belle Angélique était ambitieuse et pressée. Elle fit tout pour attiser la haine de sa rivale, dépensant sans compter et les courtisans se tournèrent vers elle, jusqu’au confesseur du roi lui-même. Nouvelle reine de Versailles qui enchanta les fêtes de Saint-Germain comme jadis la vieille Montespan, la belle Fontanges fut même l’héroïne de Proserpine de Lully dans lequel on put remarquer des allusions à l’inconstance de Louis XIV. Louis XIV, pour apaiser sa favorite, commença par préparer sa sortie en lui faisant don de la charge de surintendante de la reine et si son mari l’avait accepté, aurait fait d’elle une duchesse. Ce qui était toujours mauvais signe. Vint très vite le temps de la lassitude chez le roi qui avait épuisé la chair d’Angélique et peu goûté à son esprit. Elle eut droit au début du mois d’avril au titre de duchesse avec 80 000 livres de pension. Ce qui était aussi pour elle l’antichambre de la disgrâce.

Qui peut contester la colère de la Montespan, de n’être que marquise au bout de treize années de bons et loyaux services, alors que cette belle et jeune fille de province devenait duchesse en quelques mois !

 

Rivales, jusqu’à en mourir ?

 

La rivalité entre la vieille et la jeune favorite prit un tour tragique lorsque Marie Angélique mourut dans la nuit du 27 au 28 juin 1681 à l’abbaye de Port-Royal, rue Saint-Jacques à l’âge de vingt ans. On ne manqua pas de faire courir le bruit d’un empoisonnement et que la Montespan en était l’auteur. Cette « évidence », largement mise en doute aujourd’hui, inonda l’opinion, transpira dans les mémoires et les souvenirs d’autant plus que depuis 1677, une série de scandales impliquant des empoisonnements survenus depuis1679 secouèrent Paris et la Cour. Plusieurs personnalités éminentes de l’aristocratie furent impliquées, et ces affaires installèrent un climat hystérique de « chasse aux sorcières » et aux empoisonneuses.

L’animosité des deux femmes étant un secret de polichinelle, l’opinion publique s’est nourrie d’allusions directes. Un pamphlet anonyme paru à Paris et intitulé L’Esprit familier de Trianon ou l’apparition de la duchesse de Fontanges, contenant les secrets de ses amours, les particularités de son empoisonnement et de sa mort (1695), en dit long. Le fantôme de Fontanges apparaît dans une chambre du Trianon et lui dénonce celle qui lui a donné le breuvage mortel : « Ah ! Scélérate Montespan ! C’est vous qui m’avez empoisonnée pour contenter votre rage envieuse ; » ; le texte se termine sur l’inévitable contrition du Roi que beaucoup appelaient de leurs vœux depuis trop longtemps: « … cent fois par jour je forme la résolution d’abandonner tout pour me jeter dans la retraite et la solitude en consacrant le reste de mes jours à la pénitence. Mais hélas ! Que la chair est faible et fragile, que les charmes de votre sexe sont grands, qu’ils sont dangereux pour les hommes, et le moyen de voir tant de beautés adorables sans être sensible […] quoique rois nous sommes avec toutes ces faiblesses comme le reste des hommes ; et de toutes les passions, je n’en trouve point, à mon sens, de moins criminelle que celle d’aimer ce qui est aimable. C’est un torrent qui entraîne tout le genre humain pas sa rapidité, et qui damnera tous les hommes, s’il faut qu’ils soient damnés pour avoir aimé ».

Les derniers mots appartiennent au fantôme d’Angélique de Fontanges qui conseille à Louis XIV de sacrifier ses attraits à « la retraite et à la pénitence ». Le pamphlet imprimé quinze ans après ces années sombres ne manquait pas de valider a posteriori la passation de pouvoir qui s’était jouée au cœur de cette rivalité entre l’ancienne et la nouvelle maîtresse : une maîtresse d’un nouveau genre, pieuse, discrète mais très habile, qui épousa clandestinement le roi dès 1683 et qui veilla sur lui jusqu’à sa mort en 1715: Mme de Maintenon…

 

Le Grand Alcandre frustré ou les derniers efforts de l’amour et de la vertu (1719) :

 

http://books.google.fr/books?id=nK85AAAAcAAJ&printsec=frontcover&dq=grand+alcandre&hl=fr&sa=X&ei=VH3tT4P4OMTChAff0pyIDQ&ved=0CDsQ6AEwAQ#v=onepage&q=grand%20alcandre&f=false

 

L’Esprit familier de Trianon ou l’apparition de la duchesse de Fontanges, contenant les secrets de ses amours, les particularités de son empoisonnement et de sa mort :

 

http://books.google.fr/books?id=89g5AAAAcAAJ&printsec=frontcover&dq=trianon+fontanges&hl=fr&sa=X&ei=l33tT8vLJZK5hAeXwdiJDQ&ved=0CDQQ6AEwAA#v=onepage&q=trianon%20fontanges&f=false

 

 

 

F. Bidouze

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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