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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 16:08

Vous écoutez "les Indes galantes" (1735), la Victoire, de Jean-Philippe Rameau (1683-1764)

 

 

 

 

 

 

Les livres « philosophiques » au XVIIIe siècle

      

Les livres classés sous l’appellation « philosophique » par la censure de l’Ancien régime charrient des valeurs tellement différentes qu’il serait hasardeux d’envisager un corpus cohérent ; néanmoins, par « philosophie », les hommes du livre sous l’Ancien Régime n’entendaient pas les Lumières, mais plutôt un secteur crucial de la librairie du XVIIIe siècle, celui de l’illicite, de l’interdit, du tabou. Comme les livres anonymes et clandestins étaient légion, il était difficile de faire la différence ; mais les maîtres de la censure royale et parlementaires ont su paradoxalement orienter les curieux en dressant des catalogues de livres interdits, en condamnant certains comme « prohibés », « comme défendus », comme scandaleux, etc. C’est ce qui fit le miel des libraires et de la Société typographique de Neuchâtel, en Suisse, immense succursale internationale de vente de ces livres, plaque-tournante des commandes des libraires français.

Grâce à un historien pionnier qui a défriché les papiers de la STN, Robert Darnton, nous en savons beaucoup désormais sur les best-sellers du siècle, sur les profils du commerce clandestin de quelques libraires du royaume de France. A ce stade, certains palmarès se rejoignent et permettent d’entamer l’élaboration d’un corpus. Voici par exemple quelques meilleures commandes du libraire Bergeret, de Bordeaux, pratiquement toutes passés de 1775 à 1778 :

 

Anecdotes sur Mme la comtesse Du Barry (94)

 

Anecdotes

 


Accéder à l’ouvrage

 

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L’adoption ou la maçonnerie des dames (69)


Histoire de la tourière des Carmélites (50)


Vie privée, ou apologie du… Mgr. Le duc de Chartres(50)


Catéchisme du citoyen (48)


L’ami des lois (48)


La putain errante (44)


L’an 2440 (38)


[…]

 

Tous racontent un monde dans tous les domaines, qu’ils soient philosophiques, littéraires politiques ou pornographiques, certains sont des pamphlets diffamatoires et la hiérarchie des dangers ne se jaugent qu’après de patientes études.

 

 

Le dépouillement de la correspondance nous permet d’en savoir plus en termes de définition. Lorsque la STN reçoit une commission pleine de titres comme Thérèse philosophe et La théologie portative, elle tient à mettre en garde le libraire sur le coût de tels livres hors catalogue en quelque sorte :


« Nous remarquons aussi que parmi les articles que vous commettez, il s’en trouve plusieurs du genre qu’on appelle philosophique, que nous ne tenons point mais que nous pouvons fournir à l’aide de nos correspondants. A cet égard, nous devons vous prévenir que ces livres se vendent plus chers que les autres par des raisons aisées à découvrir et que nous ne pourrions vous [les] céder au même prix que ceux qui composent notre catalogue, parce qu’on nous les vend à nous-mêmes plus chers. Nous chercherons cependant à vous les procurer au meilleur prix possible. Les livres en cette espèce se multiplient autour de nous ».


Le livre « philosophique » s’évaluait donc à la nouveauté, à la notoriété mais aussi à l’excès dans l’interdit et la sensualité. Thérèse philosophe était un ouvrage attribué à Jean-Baptiste de Boyer, marquis d’Argens (1703-1771) ou à un autre auteur anonyme, qui racontait les aventures libidineuses d’une héroïne sur le mode autobiographique ; toutefois, si les orgies y sont régulières, elles alternent avec des conversations vraiment philosophiques :


« Vous désirez que je vous rende compte des scènes mystiques de Melle Eradice avec le très-révérend Père Dirrag, que je vous informe des aventures de Madame C… avec l’abbé T… Vous désirez un tableau où les scènes dont je vous ai entretenu, où celles dont nous avons été les acteurs, ne perdent rien de leur lascivité ; que les raisonnements métaphysiques conservent toute leur énergie. »

 

Thérèse

 Accéder à l’ouvrage

 

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Le livre « philosophique » peut donc s’évaluer au danger qu’il comporte pour la morale, la société, les pouvoirs constitués et même les particuliers, autant qu’il se jauge au risque que l’on prend à le commander, à le vendre, à l’acheter et au final, aussi, à le lire.

 

 

 

 

 

 

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fredericbidouzeutla - dans Cours 2012-2013
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commentaires

click here 30/06/2014 13:39

So, what actually is said or classified as philosophy? After reading this, i think, those books which we have classified as philosophy may be some notes, the author had made thinking about the happenings in his life. Everyone do have a philosopher part. And here i am confused now about the topic.

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  • Historien de formation et de profession, spécialiste du XVIIIe siècle, l'enseignement est le fondement originel de mon métier.
Mon quotidien, ce sont les étudiants et un public qui les dépasse de très loin en nombre, celui du Temps libre.
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