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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 16:38

Vous écoutez les "Indes Galantes" (1735), Ouverture, opéra-ballet de Jean-Philippe Rameau (1683-1764)

 

 

 

 

 

La clandestinité littéraire sous l’Ancien Régime : une simple question de censure ou une stratégie de communication ?

 

 

 

Derrière une censure triomphante sous Louis XIV (1643-1715) puis de moins en moins efficace sous les règnes de Louis XV (1715-1774) et de Louis XVI (1774-1792) et les revendications de liberté de pensée, apparaissent des questionnements ainsi que des stratégies méconnues de communication.

 

 Les interrogations ont attrait à l’influence philosophique sur les lecteurs sans qu’on sache vraiment la part réelle d’un ensemble cohérent d’une doctrine. Chaque texte clandestin avait plutôt sa philosophie propre ou n’en avait aucune si son objet n’était pas de philosopher. Sous l’Ancien Régime, l’expression de littérature clandestine vaut autant pour tout ce que l’anonymat, l’interdit, pouvaient révéler de subversif que ce soit sur un plan politique, religieux ou moral. Quel fut l'impact de chaque texte sur les lecteurs ? Quelle fut la part d’influence sur les mentalités ? Chaque texte est influencé, là par John Locke, ici par Spinoza, sans jamais que l’on sache exactement leur portée. Ce qui est sûr, c’est que l’historien et l’historien de la littérature ou de la philosophie croisent patiemment des lignes qui, enchâssées dans des conjonctures qu’ils connaissent bien, surprennent par leur cohérence rationnelle en un temps où le divin était encore dominant dans les sphères du pouvoir.

Lorsque Louis XV ne touche plus les écrouelles à partir de 1739 (en tant que roi thaumaturge, « le roi te touche, Dieu te guérit ») parce qu’il culpabilise de ses adultères répétés, c’est tout un spectacle public et presque «institutionnel » qui en est ébranlé. Les échos de telles attitudes n’avaient qu’un impact limité mais les textes clandestins en tiraient parfois des conclusions les plus révolutionnaires. Ange Goudar 1708-1791), dans son livre à succès l'Espion chinois (T. 1, Lettre XXIV, 1764) exprime ainsi les conséquences civiques de l’attitude impie du souverain sur ses sujets :

 

« Cette vertu, lorsqu'elle est relative à l'Etre divin, c'est l'amour de Dieu ; quand elle est directe à la société dont on est membre : c'est l'amour de la patrie... ».

 


 

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Mais si le livre clandestin se moque de choses professées et convenues, bref de la tradition, on ignore souvent qu’avant la Révolution française l’anonymat était chez les auteurs la plus courante des pratiques. Marquer sur le frontispice de son livre le nom de l’auteur était une rareté et parler sous l’Ancien Régime d’anonymat et de clandestinité était parler de la même chose. Les exemples d'auteurs célèbres qui ont publié anonymement sont légion : Descartes, Discours de la méthode (1637), Malebranche, Recherche de la Vérité (1674-1675) qui n’est nommé qu’à partir de la 5e édition en1700 ; Leibnitz, Les Essais de théodicée (1710) ; Fontenelle : Histoire des oracles (1686); Nouveaux dialogues des morts (1683); John Locke, Lettre sur la tolérance, 1689 (elle fut attribuée à d’autres) ; Spinoza, Traité théologico-politique (1670) ; etc.

Comme obtenir le privilège d’imprimer était relativement exceptionnel, c’est à une véritable jungle d’auteurs à laquelle les historiens sont confrontés aujourd’hui. La question qui se pose est qu’à côté des stratégies plagiaires ou tout simplement d’appropriations pirates de noms d’auteurs célèbres, confidentiels ou imaginaires, se cachaient d’innombrables stratégies de communications que seuls les contemporains initiés savaient décrypter. Le secret de l’anonymat était donc pour l’époque un secret de Polichinelle que les spécialistes d'aujourd'hui tentent de dévoiler.

 

Voltaire écrivait à d’Alembert le 16 septembre 1766 non sans ironie teintée de mauvaise foi à l’encontre des imposteurs :

 

« Il pleut des Fréret, des Du Marsais, des Bolingbroke »

 

Mais on sait par ailleurs que ce génie de la littérature savait jouer mieux que quiconque avec des pseudonymes ; l’édition originale de l’une de ses plus grandes œuvres historiques, le siècle de Louis XIV (1751), fut publiée sous le nom de « M. Francheville », membre de l’Académie de Berlin. Voltaire fut inégalable dans l’art de signer ses œuvres par des aumôniers du roi de Prusse, des abbés, des rabbins, l’empereur de Chine, toute une foule d’auteurs inventés et dont les initiés savaient l’exacte origine. Parmi de nombreux truchements, la traduction supposée d'un ouvrage; Voltaire, encore lui, avait sous-titré son Candide comme « traduit de l’allemand de M. le Ralph » en 1759. Montesquieu avait été l’un des premiers à donner comme source de son œuvre, une fausse traduction, la mode étant aux petits écrits prétendument traduits en grec, pour le Temple de Gnide, aventures galantes et comiques (1725). Une préface présentait ainsi l’ouvrage :

 


« Un ambassadeur de France à la Porte ottomane, connu par son goût pour les lettres, ayant acheté plusieurs manuscrits grecs, il les porta en France. Quelques-uns de ces manuscrits m’étant tombés entre les mains, j’y ai trouvé l’ouvrage dont je donne ici la traduction… ».

 

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Le livre, sous l’Ancien Régime, est souvent « tombé » entre les mains des lecteurs, mais aussi par truchement, a été écrit par une main anonyme, célèbre ou pas, plagiaire ou simplement inspirée par d'autres. Contre la censure donc mais tout autant par stratégie de communication et goût du jeu de pistes, pour mieux brouiller les cartes, la littérature clandestine est un univers complexe, aux entrées innombrables, à l’image du monde de l'Ancien régime qui nous échappe bien souvent.

 

 

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fredericbidouzeutla - dans Cours 2012-2013
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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 21:40

 

 

 

Vous écoutez l'air du Ah, ça ira, ça ira, ça ira, entendu pour la première fois en mai 1790 avec des paroles révolutionnaires, sur un air de contredanse très populaire sous l'Ancien régime que Marie-Antoinette aimait jouer sur son clavecin.

 

 

 

 

 

La lecture, vertu éducatrice porteuse de Révolution ?

 

La lecture et ses progrès au siècle des Lumières se conjuguent souvent avec la seule émancipation de l’individu éveillé à la critique ; l'épanouissement extraordinaire de la presse durant la Révolution française, même si elle connaît une glaciation sous Napoléon Bonaparte, a formé le citoyen et l’historien Albert Soboul rapportait cette anecdote significative dans son Histoire littéraire de la France en 1976 :


En l’an III, le tailleur de pierres, Closmesnil, est arrêté. Ses compagnons demandent qu’ils soit relâché. Il leur est indispensable. C’est lui qui, tous les jours, leur lit L’Auditeur national. Ces ouvriers l’achètent, disent-ils « en communauté, pour s’éclairer avec fraternité les uns et les autres ».


La Révolution française nous fait souvent oublier que la lecture n’était pas un invariant idéologique, qu’elle inspirait la spiritualité comme le loyalisme monarchique, autant qu’elle contribua à s’en affranchir ; c’est oublier également que la lecture n’est pas un invariant historique, qu’une fois écrit et sorti des presses, le livre quel qu’il soit, est susceptible de multiples usages ; c’est enfin ignorer que les élites de l’Ancien Régime, Roi, Eglise, Noblesse mais aussi philosophes, craignaient les mauvais usages de la lecture qu’ils désignaient tels. Les hommes des Lumières s’effrayaient souvent des usages que l’on faisait de la lecture ; une fureur de lire du divertissement qui était jugée comme socialement inutile, le contraire de ce que conseillait Emmanuel Kant « un moyen d’apprentissage de l’autonomie » ; un livre uniquement pour tuer le temps, amuser, était un acte de haute trahison envers l’humanité, loin de permettre d’atteindre des buts supérieurs.


Qui sait ce que produisent et ce que produiront les modifications très récentes de notre communication contemporaine ? La lecture dans un monde numérique est devenue un zapping, un émiettement, un papillonnage où l’interaction pour ne pas dire l’interactivité est constante, offrant des usages multiples très éloignés de l’esprit critique humaniste des Lumières.

 

Condorcet (1743-1794), dans son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain (1793) avait par exemple accordé à l’imprimerie l’origine de la constitution d’une opinion publique :

 

« Il s’est formé une opinion publique, puissante par le nombre de ceux qui la partagent, énergique, parce que les motifs qui la déterminent agissent à la fois sur tous les esprits, même à des distances très éloignées. Ainsi, l’on a vu s’élever, en faveur de la raison et de la justice, un tribunal indépendant de toute puissance humaine, auquel il est difficile de rien cacher et impossible de se soustraire […] Quoiqu’il restât toujours un très grand nombre d’hommes condamnés à une ignorance volontaire ou forcée, la limite tracée entre la portion grossière et la portion éclairée du genre humain s’était presque entièrement effacée, et une dégradation insensible remplissait l’espace qui en sépare les deux extrêmes, le génie, et la stupidité ».


 

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L’imprimé et la lecture ont constitué un espace public et ce dernier venu s’intercaler entre toutes les institutions, anciennes comme nouvelles, tel un tribunal.

 

Prométhéenne pour les uns, sacrilège pour les autres, la progression de la lecture auprès d’un public de plus en plus nombreux achève sa mue lorsque la Révolution française crève l’abcès de la censure très poreuse de l'Ancien Régime pour créer un nouvel espace réceptif à la littérature. Alexis de Tocqueville (1805-1859) le pensait de cette manière quand il écrivait dans L’Ancien Régime et la Révolution (1856) :


« Cette circonstance, si nouvelle dans l’histoire, de toute l’éducation politique d’un grand peuple entièrement faite par les gens de lettres, fut ce qui contribua le plus peut être à donner à la Révolution française son génie propre et à faire sortir d’elle ce que nous voyons. Les écrivains ne fournirent pas seulement leurs idées au peuple qui la fit : ils lui donnèrent leur tempérament et leur humeur. Sous leur longue discipline, en absence de tout autre conducteurs, au milieu de l’ignorance profonde où l’on vivait de la pratique, toute la nation, en les lisant, finit par contracter des instincts, le tour d’esprit, les goûts et jusqu’aux travers naturels à ceux qui écrivent ; de telle sorte que, quand elle eut enfin à agir, elle transporta dans la politique toutes les habitudes de la littérature ».

 

L-Ancien-regime-et-la-Revolution.pngAccéder à l'ouvrage

 

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Et sans doute, rajouterons-nous, les habitudes de la littérature donnèrent à la Révolution française cette capacité d’abstraction si spécifique et si hasardeuse aussi ; une abstraction qui accéléra un processus révolutionnaire incapable de sauvegarder la liberté et trop pressé d’imposer l’égalité. Les lecteurs et les lectures, en route vers l'émancipation totale allaient fonder le monde de demain dans lequel les enjeux seront beaucoup plus complexes.

 

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fredericbidouzeutla - dans Cours 2012-2013
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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 15:32

 

 

 

 

 

 

Vous écoutez, Gigue, la petite, de Marin Marais (1656-1728)

 

 

 

 

Lire mais pour quoi faire ?

 

« Il faut beaucoup de livres, puisqu’il y a beaucoup de lecteurs. Il en faut pour toutes les conditions, qui ont un droit égal à sortir de l’ignorance », Louis-Sébastien Mercier,Tableau de Paris, édition de 1782.

 

Le célèbre chapitre du Tableau de Paris  (n°377) sur les loueurs de livres chante l’allégresse de lire en même temps qu’il offre surtout un panorama de ce qu'on lisait avant tout par cette formule lapidaire :

 

« Usés, sales, déchirés, ces livres en cet état attestent qu’ils sont les meilleurs de tous ; »


On lit beaucoup, certes, mais on lit aussi de tout et de n’importe quoi, à l’opposé de ceux que souhaitent les hommes des Lumières pour qui la lecture doit conduire au savoir, le savoir au progrès. Mercier poursuit ainsi :

 

« Le critique hautain qui s’épuise en réflexions superflues, devrait aller chez le loueur de livres, et là voir les brochures que l’on demande, que l’on emporte et auxquelles on revient de préférence. Il s’instruirait beaucoup mieux dans cette boutique que dans les poétiques inutiles dont il étaie ses frêles réflexions.

Les ouvrages qui peignent les mœurs, qui sont simples, naïfs et touchants, qui n’ont ni apprêt, ni morgue, ni jargon académique, voilà ceux que l’on vient chercher de tous les quartiers de la ville, de tous les étages des maisons. Mais dites à ce loueur de livres : donnez-moi en lecture les œuvres de M. de la Harpe ; il se fera répéter deux fois la demande, puis vous enverra chez un marchand de musique, confondant l’auteur et l’instrument ».

 

  http://books.google.fr/books?id=2o0s0FXsLh4C&hl=fr&hl=fr&pg=PP7&img=1&zoom=3&sig=ACfU3U0Yp4J6ihFe-EwKHXW11qWyc-fSLw&ci=19%2C31%2C952%2C1549&edge=0

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Le grand écrivain et libelliste Sébastien Mercier avait non seulement compris à la fin du XVIIIe siècle l’immense progrès quantitatif des lecteurs mais il avait aussi dénoncé les dangers sur la variable qualitative ; dans son œuvre uchronique et utopie moralisante, intitulée l’An 2440, rêve s’il en fut jamais (1771), les hommes sont libérés de la tyrannie des mauvais livres et des savoirs inutiles par un immense autodafé :

 

« D’un consentement unanime, nous avons rassemblé dans une vaste plaine tous les livres que nous avons jugé frivoles ou inutiles ou dangereux ; nous en avons formé une pyramide qui ressemblait en hauteur et en grosseur à une tour énorme : c’était assurément une nouvelle tour de Babel. Les journaux couronnaient cet immense édifice et il était flanqué de toutes parts de mandements d’évêques, de remontrances de parlements, de réquisitoires et d’oraisons funèbres. Il était composé de cinq à six cents mille dictionnaires, de cent mille volumes de jurisprudence, de cent mille poèmes, de seize cent mille voyages et d’un milliard de romans. Nous avons mis le feu à cette masse épouvantable, comme un sacrifice expiatoire à la vérité, au bon sens, au vari goût ».

 

Ce qui devait être sauvé l’a été :

 

« Nous avons fait des abrégés de ce qu’il y avait de plus important ; on a réimprimé le meilleur : le tout a été corrigé d’après les vrais principes de morale ».

 

http://books.google.fr/books?id=qAk6AAAAcAAJ&hl=fr&hl=fr&pg=RA1-PR1&img=1&zoom=3&sig=ACfU3U2F19Xyze3X48pR7AVlFIB2Uurpgg&ci=19%2C38%2C939%2C1424&edge=0

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Sébastien Mercier révèle ainsi la problématique du siècle des Lumières qui se félicite d’un côté d’un appétit immense de savoir par le plus grand nombre mais qui se méfie de l’autre, autant de la part des philosophes que des autorités monarchiques et ecclésiastiques, de ce que ce plus grand nombre pouvait bien en faire. A la veille de la Révolution française, lire n’était pas seulement un enjeu pour l’ordre social et politique existant, il l'était tout autant pour le monde de ceux qui voulaient agir sur son présent et son avenir. Les pamphlets et les brochures de toutes sortes, dans ce qu’ils avaient de distrayants, de décousus, de diffamatoires et de clandestins, participaient déjà de cet effrayant désordre social et politique.

 

 

L’alphabétisation progresse à grands pas au siècle des Lumières et distille un savoir vivre et une civilité entre humanisme et courtoisie mondaine ; en même temps que la lecture se démocratise, « un double processus fait […] abandonner par l’élite les signes traditionnels de sa distinction au fur et à mesure que leur divulgation les fait accaparer par d’autres ». En écrivant ces mots, l’historien Norbet Elias envisageait la révolution des mœurs qui, par l’un de ses vecteurs majeurs (la lecture), rétrécit et affadit la notion de civilité en délaissant progressivement ce qui faisait ses fondements politiques et religieux pour énoncer en direction de tous des règles élémentaires d’un savoir être. Lentement, la lecture accompagne les changements et la vie se charge de les mettre en pratique.

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fredericbidouzeutla - dans Cours 2012-2013
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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 18:08

Vous écoutez Proserpine (1680), tragédie en musique composée par jean-Baptiste Lully (1632-1687) sur un livret de Philippe Quinault (1635-1688), Prologue, menuet, Il est temps que l'amour nous enchaîne.

 

 

 

 

Lire au XVIIIe siècle : une dilatation du monde et de l’esprit

 

Les questions qui découlent de la grande explosion de l’imprimé à partir du XVIIe siècle sont celle de l’atmosphère intellectuelle et psychologique dans laquelle les œuvres se déploient. Avant d’aborder les lecteurs et leur croissance exponentielle, il convient de se faire une idée.

 

Crise de conscience

 

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Dans son ouvrage qui fit date en 1935, La crise de conscience européenne (1680-1715) l’historien Paul Hazard écrivait une préface enthousiaste et forcément très générale sur la nouvelle atmosphère intellectuelle à la veille du siècle de Louis XV :

 

« Quel contraste ! Quel brusque passage ! La hiérarchie, la dis­cipline, l’ordre que l’autorité se charge d’assurer, les dogmes qui règlent fermement la vie : voilà ce qu’aimaient les hommes du dix-septième siècle. Les contraintes, l’autorité, les dogmes, voilà ce que détestent les hommes du dix-huitième siècle, leurs successeurs immédiats ».

 

 

L’un des accents les plus remarquables de cet état d’esprit se trouve dans les récits de voyages, les premiers guides, qu’on ne compte plus. Raconter les voyages, imaginer les contrées, décrire les civilisations et les mœurs, oser comparer, s’extasier et finalement se rendre compte que les principes qui régissent nos vies ne sont pas les seuls ; constater l’étroitesse et imaginer le large se sont avérés décisifs dans la manière d’appréhender le monde. L’Europe était la mieux connue et on ne se lassait pas d’emporter avec soi les guides les plus complets et les plus érudits, comme le fameux Gentilhomme étranger voyageant en France observant très exactement les meilleures routes qu'il faut prendre (1699).

 


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Tandis que nos auteurs classiques du XVIIe siècle comme Boileau, Bossuet, Molière, Racine, Fénelon n’ont pas dépassé les limites du Royaume, voire de Paris, Voltaire, Montesquieu, Rousseau et bien d’autres ont le déplacement chevillé au corps. On rapporte tout et on étudie tout jusqu’à trouver des avantages dans des parties du monde que la Chrétienté exécrait depuis des siècles ou ignorait comme étant inférieures. Ici le baron de Lahontan (1666-1716) discute avec Adario le bon sauvage d’Amérique et tient le mauvais rôle (Dialogue avec un sauvage, 1704), tandis que là le comte de Boulainvilliers (1658-1722) écrit une Vie de Mahomet (1731) dans laquelle le prophète incarne la sagesse des Arabes comme le Christ avait figuré celle des Juifs.

 

 

 

Vie de Mahomet

 

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Le Dix-huitième siècle est obsédé par l’intelligibilité du monde tout en demeurant dans la conviction profonde de l’affirmation de Dieu ; siècle curieux et étrange où la soif de connaissances rivalise avec l’appétence du mystère, où rien ne doit résister à l’observation et où toute recherche de la vérité est vaine. Siècle incertain donc, siècle qui avance à marche forcée dans l’ombre, dans lequel les chrétiens et déistes, tout en rejetant l’athéisme conservaient la conviction d’une organisation providentielle du monde. Un monde chrétien qui doit toujours rassurer devant les doutes qui jaillissent sans cesse et un monde de déistes qui laisse sans réponse la raison du monde comme dans Micromégas de Voltaire (1752) où l'homme ne doit pas tenter en toute humilité de trouver la vérité absolue.

 

 

Siècle prometteur autant qu'angoissant…

 

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fredericbidouzeutla - dans Cours 2012-2013
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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 14:47

 

 

  Vous écoutez le Ballet de la Prospérité et des Armes de France, acte I, entrée 6,  la Renommée et la Victoire de François de Chancy (1600-1656), maître de musique du cardinal de Richelieu. Destiné à célébrer officiellement les victoires d'Arras et de Casal (1640) il fut aussi appelé le Ballet du cardinal de Richelieu parce qu'il fêta le mariage de la propre nièce du Cardinal, Claire-Clémence de Maillé-Brézé avec le duc d'Enghien, futur Grand Condé (1621-1686).

 

 

 

 

Le XVIIe siècle : censure, raison d’Etat et raison d'Eglise

 

 

Si la censure s’est relâchée durant le règne d’Henri IV, le roi assassiné en 1610 s’est néanmoins posé dès 1598 comme le garant de la raison d’Etat qui pouvait imposer sa loi à chaque sujet, quelle que fût sa foi. L’un des aspects de la construction de l’Etat absolutiste fut justement la mise en place d’un système de censure d’une ampleur sans précédent.

 

Au plus haut sommet du pouvoir durant le règne de Louis XIII (1610-1643), la raison d’Etat s’est opposée à la raison de religion ; le parti de Richelieu s’opposa au parti des dévots, emmené par la Reine-Mère Marie de Médicis. Chacun se dota d’une armée d’écrivains à sa solde et la guerre de libelles entraîna le débat bien au-delà des clivages originels.

 

Du côté du roi Louis XIII, de Richelieu et de la Raison d’Etat, l’idée du mensonge pour le bien « public » et pour être crû prévalait ; Machiavel était à ce moment-là très sujet à polémiques, plus d’un siècle après avoir écrit le Prince (1515) et nombre d’ouvrages chrétiens le déploraient. Le jésuite Caussin (1583-1651), confesseur du roi, qui sera renvoyé à la demande de Richelieu, écrivit dans La Cour sainte (1624) que Nicolas Machiavel était un esprit "taré" :

 

« On vous a dit que pour être bon cavalier, il faut que vous deveniez un petit Cyclope, sans sentiment de Dieu, ni de religion, car la dévotion serait pour affaiblir vos guerrières humeurs. Ceux qui vous ont dit cela ne vous ont rien dit de nouveau, c’est une vieille chanson qu’ils ont tirée de Machiavel, qui pensant faire un prince, a fait une bête sauvage ».

 

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On assiste donc à un durcissement de la censure royale destinée à contrôler l’opinion (et l’expression libre de toute critique) simultanément à la propagande chargée de la façonner dans le sens de la raison d’Etat, deux tâches assumées de façon rationnelle par le pouvoir royal.

 

Dans ses considérations politiques sur les coups d’Etat (1639), Gabriel Naudé (1600-1653) le dit sans ambages, la raison d’Etat ne doit s’embarrasser de rien :

 

« Le roi doit le manier [le peuple] et persuader par belles paroles, le séduire et tromper par les apparences, le gagner et tourner à ses desseins par des prédicateurs et miracles sous prétexte de sainteté, ou par le moyen de bonnes plumes, en leur faisant faire des livres clandestins, des manifestes, apologies et déclarations artistement composées, pour le mener par le nez, et lui faire approuver ou condamner sur l’étiquette du sac tout ce qu’il contient ».

 

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Face aux libelles de propagande en faveur du roi, rétorquèrent et le parti de la reine-Mère, et le parti de l’Eglise, quand ce n’étaient pas les Jansénistes ; rien n’est plus évocateur du débat essentiel sur le droit de critiquer l’Etat que cette diatribe La Vérité défendue (1645) de Mathieu de Morgues (1582-1670), passé dans le camp de Marie de Médicis, contre l’Académie française créée par Richelieu en 1635 :

 

« Si les sycophantes du cardinal sont des chiens qui lèchent celui qui tient le bâton en une main avec lequel il les menace, et en l’autre le pain qui les ameute contre ceux qu’il veut faire mordre ; qu’il considère que nous ne craignons point ses coups, et que nous n’aboyons pas après ses biens, lui ayant abandonné les nôtres. Nous l’avons prié souvent de commander à ses écrivains de se taire : […] il ne nous reste qu’à nous défendre avec les mêmes armes qu’on emploie contre nous ».

 

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Ainsi, au sommet de l’Etat et de l’Eglise, se répandaient les imprimés les plus violents et les plus vindicatifs pour faire triompher chaque vérité. Ces guerres, au milieu desquelles la censure allait bon train, étaient en train de faire le lit d’une expression plus collective et bien plus déstabilisatrice, au fur et à mesure de la progression inédite de l’alphabétisation.

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fredericbidouzeutla - dans Cours 2012-2013
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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 21:21

 

 

La liberté d'écrire est à la fois une vanité et un défi à l'ordre moral, religieux et politique  


 

Tandis que les penseurs ont souvent vanté la raison comme étant « l'âme des écrits » (Boileau, L'art poétique, 1674) tout en évitant l'odieux et le vulgaire, les autorités religieuses et politiques quant à elles, n'ont pas manqué de définir les codes de ce qu'il fallait imprimer ou ne pas imprimer.

 

« Autant de presses de par le monde, autant de redoutes dressées contre le château Saint-Ange, si bien que le pape devra abolir le savoir et l’imprimerie ou celle-ci devra avoir raison de lui ».

 

Cette exclamation du réformateur écossais John Foxe (1516-1587) contre la censure de l'Eglise catholique illustre le premier grand effet de l'imprimerie sur le mouvement schismatique en Europe mais également sur l'ensemble des Fidèles. C'est en grande partie grâce à l'imprimerie qu'une hérésie emporta une immense partie d'entre eux avec un succès foudroyant quand on pense qu'entre 1517 et 1520 pas moins de 300 000 des écrits de Martin Luther ont été diffusés.


On comprend pourquoi le pape Alexandre VI Borgia publia dès juin 1501 la première constitution qui jetait les bases de la censure en ces termes:


« Il faut donc employer des remèdes opportuns pour que les imprimeurs cessent de reproduire tout ce qui est susceptible d'engendrer le scandale dans l'esprit des fidèles », afin d'exterminer « les ténèbres de l'erreur ».


C'est le début d'une longue chasse à l'erreur, d'abord religieuse puis bientôt politique, avec les risques de faire une publicité inouïe aux auteurs et aux livres interdits, le martyr des uns favorisant l'appétit des lecteurs.


 

Étienne Dolet

 

L'imprimeur et humaniste Etienne Dolet 1509-1546)  demeure en France l'exemple d'un martyr pendant longtemps protégé par le Roi François 1er et pourtant toujours plus audacieux; il multiplia les écrits défiant les autorités, persuadé que « tous les livres non contrevenants à l'honneur et gloire de Dieu doivent être plutôt reçus que rejetés ». Emprisonné une deuxième fois, il écrit un ouvrage avec ironie et mordant intitulé, Le Second Enfer.

 

Le second enfer, Etienne Dolet, 1544

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Arrêté et jugé, il est brûlé avec ses livres à Paris, place Maubert, le 3 août 1546.


C’est en grande partie à cause du déluge de publications genevoises que le premier grand édit mettant en place la censure est promulgué en France le 27 juin 1547. L’édit de Châteaubriant organise en un système complet toutes les mesures décidées précédemment de façon isolée. Les libraires devront désormais afficher dans leur boutique le Catalogue des livres censurés à côté de la liste des livres en vente ; chaque livre devra porter l’indication du nom de l’auteur, de l’imprimeur, de la date et de la permission d’imprimer ; l’impression et la vente de livres interdits sont sanctionnées par la peine de mort, qui touche aussi bien l’imprimeur que le vendeur, le colporteur que le lecteur, …

 

L’intelligence de la foi, monopole du clergé ? Un débat qui fait rage au XVIe siècle 

 

L’Eglise catholique usa de la censure, consciente de la nécessité de combattre l’hérésie, mais également de l’imprimerie, persuadée de l’importance de la lecture sur le terrain de la foi. Mais ce ne fut pas sans mal.


Le père jésuite Auger (1530-1591) par exemple, prédicateur et confesseur jésuite du roi de France soutenait avec beaucoup d'autres que le peuple n’a pas à comprendre le sens des cérémonies religieuses puisque dans les offices, le clergé « qui tient le lieu de l’idiot et du vulgaire, entend assez bien ce qu’on y dit pour répondre Amen ».


Dès 1566 pourtant, le Catéchisme romain (qui est issu du concile de Trente de 1545-1563 et fait autorité jusqu’à Vatican II en 1965) destiné aux curés, leur demande d’expliquer le sens des cérémonies :

 

« Si les fidèles ignorent ce qu’elles signifient, elles ne peuvent leur être utiles en aucune manière ».

 

Catéchisme romain de 1566, édition française de 1661Accéder à l'ouvrage

 

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fredericbidouzeutla - dans Cours 2012-2013
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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 22:01

Introduction générale, fin de la 1ère partie et 2ème partie


Avec le temps, certains écrits de combats sont devenus des chefs-d’œuvre qui ont fait « l’histoire »

 

 

 

En abordant les quelques grands moments de la littérature de combat des XVIe-XVIIe siècles, nous saisissons la question des pamphlets qui perdurent dans l’histoire comme chefs-d’œuvre, tant ils ont façonné les réputations et écrit l’histoire de leur temps. C’est un écueil considérable pour les historiens de démêler la part de fiction et de réalité alors que le temps a donné à ces pamphlets le statut de livre d’histoire.

 

Plus qu’aucune autre femme de son époque, Marguerite de Valois (1553-1615), première épouse d’Henri de Navarre devenu Henri IV (1553-1610), la fameuse « Reine Margot », a souffert de cette littérature diffamatoire et son histoire officielle en conserve encore les marques.

 

le divorce satirique


C’est Henri IV qui parle dès la première page du Divorce satirique, attribué (sans certitude) à d’Agrippa d’Aubigné. Très violent, il justifie a posteriori le divorce et l’installation de la nouvelle dynastie des Bourbons: 

 

 « J’ai cette obligation, au bonheur, d’avoir glorieusement vu la fin des troubles de mon royaume, d’avoir expérimenté la foi de mes bons sujets, d’avoir établi pour longtemps une heureuse paix avec mes voisins, et d’avoir éteint mes ennuis plus particuliers par le moyen d’un divorce, qui sépare de ma maison, ainsi que du cœur, celle dont l’infamie a longuement obscurci ma réputation » (p. 187-188)

 

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Si le XVIIe siècle s'enflamme des fureurs de la Fronde (1648-1652) et des échos orduriers des Mazarinades, le XVIIIe siècle est un siècle de plume qui finit dans le sang; il brûle d'intensité pour la parole écrite dont on se dispute le succès. C'est pourtant la Révolution française qui a porté à son sommet le goût immodéré des mots les plus cannibales, ce qui fera dire au philosophe suisse Johan Kaspar Lavater au révolutionnaire et régicide Hérault de Séchelles:

 

" Depuis qu'en France l'on ose dire et écrire tout ce qu'on a osé dire et écrire sous les rois les plus despotiques, j'ai horreur de vous entendre parler liberté" (21 septembre 1793)

 

Nous clôturons notre enquête préliminaire par un panorama de l’historiographie de la littérature pamphlétaire, la plus lue sans doute, par un public avide de nouvelles et curieux de tout. La réalité rejoignait la fiction et la fiction se nourrissait des secrets bien gardés des grands de ce monde ; c’est ainsi que l’historien doit remonter le courant par des analyses très fines des corpus et catégories, des contextualités, des auteurs et des commanditaires. Détromper le public d'aujourd'hui  à propos d'images et de réputations qui ont pendant longtemps fait l’histoire, tel est l'objectif des historiens afin d'y voir plutôt la fabrique de stratégies complexes pour des luttes d'antan.

 

Si enfin les grand classiques des auteurs des XVIIe et XVIIIe siècles sont demeurés jusqu’à nos jours, c’est aussi parce que les ouvrages les plus recherchés étaient clandestins et donc introuvables. A la fin du XVIIIe siècle, les Français lisaient des best-sellers "inconnus" comme Vénus dans le cloître ou la religieuse en chemise, Les matinées du roi de Prusse, l'Espion chinois ou Le christianisme dévoilé, et non pas tant les œuvres de Rousseau, Voltaire et consorts !

 

Venus-dans-le-cloitre.jpg

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 16:02

Vous écoutez une Mazarinade chantée

 

Mazarinade - 1650

 


Bourgs, villes et villages,
L’tocsin il faut sonner.
Rompez tous les passages
Qu’il vouloit ordonner ;

Faut sonner le tocsin
Din, guin, din,
Pour pendre Mazarin !

Nuitamment, ce perfide
A enlevé le Roy ;
Le cruel mérite
Estre mis aux abois.

Il fout nostre régente
Et luy prend ses écus
Et le bougre se vante
Qu'il l'a foutue en cul

Ce meschant plein d’outrage
A ruiné sans deffaut
Vous tous, gens de Village,
Vous donnant des imposts.

Mettez-vous sur vos gardes,
Chargez bien vos mousquets ;
Armez-vous de hallebardes,
De picques et corcelets.

Vertu-bleu, se dit Pierre,
Je n’y veut pas manquer
Car j’ay vendu mes terres
Pour les Tailles payer

Foin de cette bataille,
Chez moi il n’y a plus
Que les quatre murailles,
Tout mon bien est perdu.

Pour payer les subsites,
J’ay vendu mon godet,
Ma poësle et ma marmite,
Jusques à mon soufflet,

Moy, pour payer les Tailles,
J’ay vendu mes moutons,
Je couche sur la paille,
Je n’ay pas le teston.

Taistigué, dit Eustache,
J’ay vendu mes chevaux,
Ma charrüe et mes vaches
Pour payer les imposts.

Moy j’ay, chose certaine,
Vendu mon gros pourceau,
Mes chèvres et mes gelines,
Pour payer mes imposts.

Coulas prit son espée,
Et des pierres en sa main,
Dit : « Faut à la pipée
Pendre cet inhumain ».

Guillaume prit sa fourche
Et trouça son chapeau,
Il dit : « Faut que je couche
Mazarin au tombeau.

Notre France est ruinée,
Faut de ce Cardinal
Abréger les années,
Il est autheur du mal.

 

 

Introduction générale, 1ère partie

La parole pamphlétaire, de la parole aux actes : stratégies d’ensemble du XVIe siècle à la Révolution française ; le XVIIIe siècle, un siècle de plume et d’encre pour une révolution de sang

 

 

1 Discours au Roi touchant les libelles faits conbtre le g

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« Sire, ceux qui désirent troubler un Etat, essaient par toutes sortes d’intentions d’imprimer dans l’esprit des sujets une mauvaise opinion du Prince. Les écrits sont les premières dispositions qui en forment le dessein. C’est la porte d’où sort le respect, et par où entre la rébellion […] Tout ce qu’il dit, et tout ce qu’il fait, est sinistrement interprété, ses plus justes actions sont censurées, et s’il faisait des miracles, on les ferait passer pour illusions » , Paul Hay du Châtelet (1592-1636), Discours au Roi touchant les libelles faits contre le gouvernement de son Etat, p. 5

 

En 1631, Paul Hay du Châtelet, membre de l'Académie française dès sa fondation en 1635, conseille à Louis XIII de se prémunir avec force autorité contre la moindre atteinte à sa personne sacrée et à son autorité. Les libelles qui se vendent en secret ne viennent pas d’une populace rude, ignorante et mal polie comme voudrait le faire croire le roi afin de pouvoir faire parler les siens propres, seuls considérés comme une haute littérature politique.

C’était un temps où les élites se disputaient par écrits interposés en prenant le risque  d’infecter le peuple ; c’était un temps où la propagande royale se mettait en place non sans souffrir d’une concurrence féroce, comme les fameuses Mazarinades de la Fronde (1648-1652). Ci-dessous, Une Mazarinade illustrée dans laquelle on lit notamment:

 


« On a mis un si bon ordre

Pour empêcher son dessein

Et pour rompre le désordre

De ce perfide inhumain… »

 

Mazarinade sous forme de placard illustré

 


 

Cette séance d’introduction pose à bien des égards la question de l’écrit de combat largement diffusé après l’invention de l’imprimerie au milieu du XVe siècle et celle de l’autorité du Prince. Elle met en place les principes fondateurs de l’écrit polémique dans le contexte politique, religieux et social de l’Ancien Régime, avant que la Révolution française ne libère de manière totale mais bien provisoire la liberté de la presse.

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 14:20

 


[Opinion de notre temps en échos à l’actualité] caricatures et blasphèmes de cette fin d’été 2012 dans le monde.


A l’heure où la planète est devenue un village, où les moindres bruits émeuvent, vexent et provoquent les uns et les autres, les uns contre les autres, la parole tue encore et surtout plus vite ; la parole est aussi action. Parole échappée, parole compulsive et parole militante, elle galope à la vitesse du Net vers ceux qui ont tous une bonne raison de l’étouffer. La liberté de parole et la liberté de diffamer ne furent pas dans l’histoire qu’une lutte positive, mais toujours le fruit d’un risque, d’une audace, d’un combat et d’une haine de l’autre aussi, au cœur des conflits personnels, sociaux, politiques, religieux et intellectuels. Au Moyen-âge, dans la Chrétienté, Mahomet a pu être caricaturé et insulté, avec une queue de poisson et des plumes sur le corps afin de réfuter le Coran. Plus tard, Voltaire, lorsqu’il caricatura Mahomet et la religion musulmane dans sa pièce de théâtre Le fanatisme ou Mahomet (1736) s’engagea pour dénoncer l’intolérance de l’Eglise catholique... Autres temps, autres mœurs.

De nos jours, ceux qui se moquent, diffament et caricaturent n’ont parfois d’autre objectif que se parer de la seule liberté d’opinion comme raison d’agir, voire de faire uniquement rire… C’est le propre de ceux qui ne croient qu’en la seule liberté individuelle, indomptable et redoutable à la fois.

C’est là un défi immense pour nos sociétés contemporaines, connectés, entrelacées et si opposées pourtant, dont le sacré  respectif diffère tant, entre ceux qui tuent impunément et empêchent de parler et ceux qui (faute de tuer) créent le danger par des discours qui désacralisent tout, même la liberté de pensée, née à la fin du siècle des Lumières. Si le fanatisme est condamnable, le blasphème n’appartient qu’à ceux d’un parti, d’une religion contre leur propre camp. Blasphémer sous prétexte de libre pensée, n’est pas blasphémer mais simplement dénoncer.  Si Beaumarchais fait dire à Figaro que « sans liberté de blâmer il n’est pas d’éloge flatteur » en 1781 (La folle journée ou le Mariage de Figaro, Acte V, scène III), il n’en est pas moins vrai que les mots et les images libérés quelques années plus tard en 1789 tueront ceux à qui ils s’adressent ou feront tuer ceux qui les diffusent, mettant devant sa responsabilité chaque raison, chaque camp et chaque opinion. A l’échelle du monde aujourd’hui, le risque est toujours aussi grand quand il n’est pas fondamentalement essentiel à la liberté de blâmer.

Sans liberté de blâmer, oserais-je dire, il n’est point de risque majeur.

L’histoire pamphlétaire de l’Ancien Régime est un creuset de toutes ces problématiques sur la liberté d’opiner et de diffamer, du temps où la liberté tout court n’allait pas de soi, du temps où la liberté humaine était considérée comme abîmée par le péché originel. Conflit entre la liberté de l’esprit et la liberté nécessaire, l’époque nous renvoie à notre conception matérialiste et individualiste de la liberté et aux questions qu’elle pose de nos jours.

 

 

Le pamphlet (libelle, voire épigramme ou chanson) est un genre littéraire de combat, entre polémique, satire et calomnie. La parole pamphlétaire, c’est un discours écrit imprimé et colporté qui imprègne les esprits et forge ce que l’on commence à appeler, l’esprit public, l’opinion publique. Après avoir sapé les fondements de la monarchie absolue et ses structures, le pamphlet devient un moyen universel de propagande qui entre de plain-pied dans la culture politique française sous la Révolution française.


Ce cours invite à lire une histoire politique de la France monarchique et révolutionnaire à travers  l’un des premiers medias majeurs de l’ère politique moderne.

 

 

 

«  Mais je vois que la proscription, plus elle est sévère, plus elle excite la curiosité de le lire, plus il est acheté, plus il est lu… Combien de fois le libraire et l’auteur d’un ouvrage privilégié, s’ils l’avaient osé, n’auraient-ils pas dit aux magistrats de la grande police : “Messieurs, de grâce, un petit arrêt qui me condamne à être lacéré et brûlé au bas de votre grand escalier ?” Quand on crie la sentence d’un livre, les ouvriers de l’imprimerie disent : “Bon, encore une édition”. Quoique vous fassiez, vous n’empêcherez jamais le niveau de s’établir entre le besoin que nous avons d’ouvrages dangereux ou non, et le nombre d’exemplaires que ce besoin exige […] Citez-moi un livre dangereux que nous n’ayons pas».

Denis Diderot, Lettre à un magistrat sur le commerce de la librairie, 1767.


 

Année 2012-2013

 

« Structures » : Comprendre une « littérature » aujourd’hui oubliée exige d’entrer dans le monde extraordinaire de la parole interdite sous l’Ancien régime en auscultant les enjeux de pouvoir ainsi que les conditions de réception par un public de plus en plus alphabétisé et avide de savoir les « secrets » des Grands ; le pamphlet, parole créée , souvent diffamatoire, parole inflammable aussi, est un genre dont l’actualité est urgente et donc éphémère ; les auteurs, les thèmes et les succès offrent de multiples occasions d’autopsier une société et les enjeux de ses combats. Ceux qui pourchassent les auteurs et les écrits n’en sont pas moins conscients, à la veille de la Révolution française, de l’impossibilité de freiner une arme dont ils s’empressent d’user à leur tour et à leur profit. La Révolution française, moment d’une extraordinaire liberté d’écrire et d’opiner, n’en n’est pas moins dès sa naissance contrainte de réguler et de légiférer.


Séance n°1 Introduction générale : La parole pamphlétaire, de la parole aux actes : stratégies d’ensembles du XVIe siècle à la Révolution française ; le XVIIIe siècle, un siècle de plume et d’encre pour une révolution de sang. 


Séance n°2 Introduction générale : Historiographie de la littérature pamphlétaire et la question de l’opinion publique ; plan général (structures, 2012-2013 et conjonctures, 2013-2014)


Séance n°3 L’imprimerie, la presse et la censure jusqu’en 1715 : les enjeux (n°1)


Séance n°4 L’imprimerie, la presse et la censure jusqu’en 1715 : les enjeux (n°2)


Séance n°5 Un tournant : la crise de conscience européenne (1680-1715)


Séance n°6 Lecture et lecteurs en France au XVIIIe siècle : un monde de semi-lettrés en expansion (n°1)


Séance n°7 Lecture et lecteurs en France au XVIIIe siècle : un monde de semi-lettrés en expansion (n°2)


Séance n°8 Qu’est-ce que la littérature clandestine (n°1)?


Séance n°9 Qu’est-ce que la littérature clandestine (n°2)?


Séance n°10 Qu’est-ce qu’un pamphlet ? Essai de typologie, matérialité et variantes


Séance n°11 Le marché illicite du livre clandestin, le colportage et la contrebande (n°1)


Séance n°12 Le marché illicite du livre clandestin, le colportage et la contrebande (n°2)


Séance n°13 Le marché illicite du livre clandestin, le colportage et la contrebande (n°3)


Séance n°14 Les libraires


Séance n°15 Panorama des grands pamphlets du siècle (autopsie des best-sellers n°1)


Séance n°16 Panorama des grands pamphlets du siècle (autopsie des best-sellers n°2)


Séance n°17 Panorama des grands pamphlets du siècle (les auteurs ou « écrivailleurs » n°1)


Séance n°18 Panorama des grands pamphlets du siècle (les auteurs ou « écrivailleurs » n°1)


Séance n°19 Panorama des grands pamphlets du siècle (les grands thèmes n°1)


Séance n° 20 Panorama des grands pamphlets du siècle (les grands thèmes n°2)


Séance n°21 La Police du livre au XVIIIe siècle : censure, espionnage et corruption (n°1)


Séance n°20 La Police du livre au XVIIIe siècle : censure, espionnage et corruption (n°2)


Séance n°22 La Police du livre au XVIIIe siècle : censure, espionnage et corruption (n°2)


Séance n°23 De l’Ancien Régime à la Révolution : les métamorphoses du pamphlet (n°1)


Séance n°24 De l’Ancien Régime à la Révolution : les métamorphoses du pamphlet (n°2)

 


 

Année 2013-2014

 

« Conjonctures » : une histoire de France par ceux qui l’ont vécue et qui l’ont faite, par ceux qui ont combattu par la plume au cours du dernier siècle de l’Ancien Régime à la Terreur révolutionnaire (1715-1794).

 

Séance n°1 Louis XIV, un roi à l'abri? 


Séance n°2 Philippe d’Orléans : la calomnie à l’ordre du jour


Séance n°3 La querelle de la Bulle Unigenitus : une guerre pamphlétaire de la cause de Dieu à la cause de la nation


Séance n°4 La calomnie à la Cour : le pamphlet diffamatoire, la fabrique des Grands


Séance n°5 Le roi de France dans les pamphlets (n°1)


Séance n°6 Le roi de France dans les pamphlets (n°2)


Séance n°7 Le roi de France dans les pamphlets (n°3)


Séance n°8 Les maîtresses du roi (n°1)


Séance n°9 Les maîtresses du roi (n°2)


Séance n°10la reine (Marie-Antoinette avant 1789)


Séance n°11 Les ministres, les arroseurs arrosés (n°1)


Séance n°12 Les ministres, les arroseurs arrosés (n°2)


Séance n°13 Les ministres, les arroseurs arrosés (n°3)


Séance n°14 1788-1789 : le grand tournant de l’activité pamphlétaire


Séance n°15 Le pamphlet, arme de destruction massive de l’Ancien Régime : la noblesse (n°1)


Séance n°16 Le pamphlet, arme de destruction massive de l’Ancien Régime : la noblesse (n°2)


Séance n°17 Le pamphlet, arme de destruction massive de l’Ancien Régime : le clergé (n°1)


Séance n°18 Le pamphlet, arme de destruction massive de l’Ancien Régime : le clergé (n°2)


Séance n°19 Le pamphlet, arme de destruction massive de l’Ancien Régime : les parlements (n°1)


Séance n°20 Le pamphlet, arme de destruction massive de l’Ancien Régime : les parlements (n°2)


Séance n°21 Le pamphlet contre-révolutionnaire (n°1)


Séance n°22 Le pamphlet contre-révolutionnaire (n°2)


Séance n°23 La parole pamphlétaire terroriste et la fin de la liberté de la presse


Séance n°24 Conclusion générale : le pamphlet, la liberté et l’opinion

 

 

 


 

 

 

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 11:45

Les rois de France ont cédé aux charmes des femmes sans négliger les écueils inévitables de leurs engagements qui avaient pour nom reconnaissance, ambition, jalousie, amertume et parfois même vengeance. L’amour fut rarement le seul sentiment convoqué par les intrigues de ces rois et les interactions au plus haut sommet de l’Etat étaient incessantes… L’opinion publique, aussi restreinte qu’elle était à cette époque, en recueillait les échos grâce aux talents et à la perfidie d’écrivains, pamphlétaires, la plupart du temps au service d’une cause…

 

Louis XIV, la marquise de Montespan et ses rivales

 

Favorite en titre depuis 1667, la marquise de Montespan avait comblé Louis XIV par ses talents amoureux autant qu’elle avait fait briller Versailles par sa beauté. Privée du titre de duchesse que le roi lui avait offert à cause de l’entêtement d’un mari cocu qui refusait de divorcer, la Montespan s’évertua comme de coutume, à éloigner coûte que coûte toutes ses rivales. La Favorite se répandait donc régulièrement en ragots dès qu’une femme approchait de trop près et trop longtemps, détruisant sa réputation pour toujours et à l’occasion faisant sa vertueuse, fulminant contre une cour qui était devenue un lieu de perdition. Les pamphlets et autres rumeurs colportées à la cour, voire à la ville, véhiculaient sous forme de règlements de comptes, les pires insultes contre toutes celles qui pouvaient aiguiser les appétits du roi. C’est ainsi que la Montespan fit courir le bruit que la princesse de Soubise était scrofuleuse. La plupart du temps postérieurs aux événements dont ils parlent les très nombreux textes imprimés au sujet des amours de Louis XIV en disent long sur les rivalités  et les enjeux des querelles qui ne mettaient pas seulement aux prises les femmes et leurs mesquineries, mais prenaient aussi Dieu à témoin, juge implacable de la dépravation royale. En même temps, ce que racontent ces textes s’appuie le plus souvent sur des intrigues réelles, confirmées par les témoignages de ceux qui faisaient l’opinion : la faune de la Cour.

 

Quand les écrits s’emparent des vraies querelles et des fausses rumeurs

 

Le pamphlet intitulé Le Grand Alcandre frustré ou les derniers efforts de l’amour et de la vertu (1719) met notamment en scène le roi et sa favorite discutant des attraits des femmes, de leur âge au moment où Louis XIV est séduit par Anne de Rohan-Chabot, princesse de Soubise. Athénaïs de Montespan cherchant à raisonner son amant jamais rassasié, entend qu’il se méfie des « fausses prudes ». Louis XIV lui répond que ce qu’elle dit « est bon pour celles qui sont sur le retour de l’âge, ou qui manquent de beauté » tandis que la princesse de Soubise est non seulement « jeune et belle », mais elle a aussi « l’esprit brillant  et poli », « et il y a peu de femmes à la Cour qui aient autant de charmes qu’elle ». Ce à quoi La Montespan répondit : « Je conviens de ce que vous dites, mais Votre Majesté me permettra de lui dire, que c’est une belle pomme qui est gâtée au-dedans »… et de lui expliquer que la comtesse avait « des ulcères en divers endroits de son corps ». Mais Louis XIV n’en démord pas disant que la comtesse (qui s’astreignait à un régime toujours très sévère) avait « un embonpoint le plus frais et le plus beau du monde, et un teint des plus unis. S’ensuit une conversation interminable sur la convoitise, la beauté apparente, s’appuyant sur l’histoire du roi Candaule qui montra sa femme nue à Giges son favori, qui en devint amoureux… La Montespan défie donc le roi de céder aux apparences de crainte d’avoir de mauvaises surprises : « Il est bon que Votre Majesté en soit avertie, de peur qu’elle n’allât trop avant, et qu’elle ne voulût voir des choses qui ne lui feraient pas plaisir ». Dans une lettre fameuse du 3 septembre 1718, la princesse Palatine, belle-sœur du roi, rapporte avec méchanceté que La Montespan écarta pour un temps une autre rivale, la belle Isabelle de Ludres, en répandant qu’elle avait par intermittences des éruptions de dartre sur le corps. Entrée dans le lit du Roi en 1676 et « presque » nouvelle favorite, Isabelle de Ludres subit en public les reproches de la Montespan parce que son amant l’avait salué lors de la messe !

 

Des femmes rivales, un royaume en péril ?

 

Ces secrets d’alcôve étaient politiques et leur dévoilement n’avait aucun but de vérité ; parfois, au plus fort d’une crise, ces rivalités de femmes pouvaient prendre des tournures gravissimes, menaçant la réputation du roi lui-même.

Après toutes ces créatures de passage, Louis XIV tomba en pamoison devant la charmante Marie Angélique de Scorailles (future duchesse de Fontanges) âgée seulement de 18 ans, pour le grand malheur de sa favorite vieillissante. Lorsque coururent les bruits de leur liaison en 1679, les ennemis de la Montespan attendirent avec ravissement un éventuel changement de « règne ». La beauté d’Angélique, à couper le souffle, éclipsa jusqu’à la position de la Montespan à la Cour. Ainsi, Louis XIV, qui appréciait les choses de l’esprit chez les femmes, la trouvait-il splendide, tandis qu’il avait plutôt honte quand elle ouvrait la bouche ! Jean La Fontaine dans l’épître XIV à Madame de Fontanges, (1680) s’est empressé de louer la beauté de manière cruelle pour la Montespan en parlant entre autres de sa beauté qui vient de la main des dieux. Agé de plus de quarante ans, le roi rajeunissait auprès de cette favorite de corps à défaut de l’être de l’esprit. Mais la belle Angélique était ambitieuse et pressée. Elle fit tout pour attiser la haine de sa rivale, dépensant sans compter et les courtisans se tournèrent vers elle, jusqu’au confesseur du roi lui-même. Nouvelle reine de Versailles qui enchanta les fêtes de Saint-Germain comme jadis la vieille Montespan, la belle Fontanges fut même l’héroïne de Proserpine de Lully dans lequel on put remarquer des allusions à l’inconstance de Louis XIV. Louis XIV, pour apaiser sa favorite, commença par préparer sa sortie en lui faisant don de la charge de surintendante de la reine et si son mari l’avait accepté, aurait fait d’elle une duchesse. Ce qui était toujours mauvais signe. Vint très vite le temps de la lassitude chez le roi qui avait épuisé la chair d’Angélique et peu goûté à son esprit. Elle eut droit au début du mois d’avril au titre de duchesse avec 80 000 livres de pension. Ce qui était aussi pour elle l’antichambre de la disgrâce.

Qui peut contester la colère de la Montespan, de n’être que marquise au bout de treize années de bons et loyaux services, alors que cette belle et jeune fille de province devenait duchesse en quelques mois !

 

Rivales, jusqu’à en mourir ?

 

La rivalité entre la vieille et la jeune favorite prit un tour tragique lorsque Marie Angélique mourut dans la nuit du 27 au 28 juin 1681 à l’abbaye de Port-Royal, rue Saint-Jacques à l’âge de vingt ans. On ne manqua pas de faire courir le bruit d’un empoisonnement et que la Montespan en était l’auteur. Cette « évidence », largement mise en doute aujourd’hui, inonda l’opinion, transpira dans les mémoires et les souvenirs d’autant plus que depuis 1677, une série de scandales impliquant des empoisonnements survenus depuis1679 secouèrent Paris et la Cour. Plusieurs personnalités éminentes de l’aristocratie furent impliquées, et ces affaires installèrent un climat hystérique de « chasse aux sorcières » et aux empoisonneuses.

L’animosité des deux femmes étant un secret de polichinelle, l’opinion publique s’est nourrie d’allusions directes. Un pamphlet anonyme paru à Paris et intitulé L’Esprit familier de Trianon ou l’apparition de la duchesse de Fontanges, contenant les secrets de ses amours, les particularités de son empoisonnement et de sa mort (1695), en dit long. Le fantôme de Fontanges apparaît dans une chambre du Trianon et lui dénonce celle qui lui a donné le breuvage mortel : « Ah ! Scélérate Montespan ! C’est vous qui m’avez empoisonnée pour contenter votre rage envieuse ; » ; le texte se termine sur l’inévitable contrition du Roi que beaucoup appelaient de leurs vœux depuis trop longtemps: « … cent fois par jour je forme la résolution d’abandonner tout pour me jeter dans la retraite et la solitude en consacrant le reste de mes jours à la pénitence. Mais hélas ! Que la chair est faible et fragile, que les charmes de votre sexe sont grands, qu’ils sont dangereux pour les hommes, et le moyen de voir tant de beautés adorables sans être sensible […] quoique rois nous sommes avec toutes ces faiblesses comme le reste des hommes ; et de toutes les passions, je n’en trouve point, à mon sens, de moins criminelle que celle d’aimer ce qui est aimable. C’est un torrent qui entraîne tout le genre humain pas sa rapidité, et qui damnera tous les hommes, s’il faut qu’ils soient damnés pour avoir aimé ».

Les derniers mots appartiennent au fantôme d’Angélique de Fontanges qui conseille à Louis XIV de sacrifier ses attraits à « la retraite et à la pénitence ». Le pamphlet imprimé quinze ans après ces années sombres ne manquait pas de valider a posteriori la passation de pouvoir qui s’était jouée au cœur de cette rivalité entre l’ancienne et la nouvelle maîtresse : une maîtresse d’un nouveau genre, pieuse, discrète mais très habile, qui épousa clandestinement le roi dès 1683 et qui veilla sur lui jusqu’à sa mort en 1715: Mme de Maintenon…

 

Le Grand Alcandre frustré ou les derniers efforts de l’amour et de la vertu (1719) :

 

http://books.google.fr/books?id=nK85AAAAcAAJ&printsec=frontcover&dq=grand+alcandre&hl=fr&sa=X&ei=VH3tT4P4OMTChAff0pyIDQ&ved=0CDsQ6AEwAQ#v=onepage&q=grand%20alcandre&f=false

 

L’Esprit familier de Trianon ou l’apparition de la duchesse de Fontanges, contenant les secrets de ses amours, les particularités de son empoisonnement et de sa mort :

 

http://books.google.fr/books?id=89g5AAAAcAAJ&printsec=frontcover&dq=trianon+fontanges&hl=fr&sa=X&ei=l33tT8vLJZK5hAeXwdiJDQ&ved=0CDQQ6AEwAA#v=onepage&q=trianon%20fontanges&f=false

 

 

 

F. Bidouze

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • Historien de formation et de profession, spécialiste du XVIIIe siècle, l'enseignement est le fondement originel de mon métier.
Mon quotidien, ce sont les étudiants et un public qui les dépasse de très loin en nombre, celui du Temps libre.
  • Historien de formation et de profession, spécialiste du XVIIIe siècle, l'enseignement est le fondement originel de mon métier. Mon quotidien, ce sont les étudiants et un public qui les dépasse de très loin en nombre, celui du Temps libre.

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